Vendredi 19 septembre 2008
Un article pouvant en inspirer un autre dans cette communauté "blogale", ce matin la rencontre de ma mère avec ses anciens
élèves devenus "prof-écrivain" mais surtout son allusion à ses activités théâtrales m'ont rappelé des souvenirs. J'étais donc sous la douche, et j'étais plongé dans le film de mes souvenirs. Oui
oui, j'ai bien dit film car je voyais un Gros Plan du visage de ma mère en marquise sur scène, alors que dans mon souvenir je me trouvais au contraire très haut et très loin, suffisamment loin
pour voir sa robe scintillante plus que son visage.
Je revoyais donc ma mère cheveux très noir attachés en chignon, fardée, avec un rouge à lèvre rouge sang portant une robe
qui, dans mon souvenir était beige et or à manche trois-quart.
Je n'aimais pas ce rôle, ma mère parlait fort sur scène, très fort, bien plus qu'à la maison et je n'aimais pas ça. De loin
elle me semblait hautaine, méchante. Je me souviens surtout d'une scène où il me semble elle jouait la pinbèche qui rejète son "amant". Je vous dit ça, je ne me souviens même pas de l'histoire de
la pièce ni quel rôle elle y jouait exactement. Cette maman comédienne, n'était pas ma maman, et je m'entends encore le lui dire.
Pourtant tout en étant en colère dans mon oedipe je la trouvais belle, et j'étais fière de la voir sur
scène.
Je ne sais pas si c'était dans la même pièce mais mon père jouant le père bigre me convenait tout à
fait.
Je le revois à une table assis, une jambe tendue, l'autre pliée, jambes écartées, bien à l'aise buvant force canon, roulant
les "r". Il était comme à la maison, c'était mon gros papa nounours. Son costume mettait en valeur son ventre arrondi, je crois qu'il portait une ceinture beige par dessus une chemise blanche aux
manches retroussées et un pantalon noir.
Je ne sais même pas quel âge ont mes parents et quel âge j'ai à ce moment, ces souvenirs sont
intemporels.
Je me rappelle encore, mais j'étais plus grande il me semble, des femmes au lavoir. Maman cette fois-ci jouait ce que
j'avais qualifié de rôle de la "pauvre idiote". Je crois qu'elle était la nourrice d'une autre marquise. Je revois cette marquise jupe rouge effet velour, haut jaune effet soie avec des boutons
rouges et un chapeau rouge et jaune avec une plume blanche, bon pour une fois ce n'était pas ma mère la pinbèche, mais c'était pire encore. Je la revois avec son bonnet blanc et son costume
traditionel berrichon, elle avait l'air triste et bête sur scène, si triste. Où était ma maman débordante de joie, malicieuse rigolote et fantaisiste ? Pas évident de séparer vie réelle du jeu
théâtral. Pourtant je comprenais bien que ce n'était pas tout à fait elle.
Je me souviens d'un soir, dans un petit village, papa et moi étions venue la voir, je suis assise dehors sur des gradins, je
sens encore l'air frais et humide.
Ce qui est curieux c'est qu'Houcine est absent de ces souvenirs. Où était-il ? avec nous ? Quel âge avait-il
?
Tout ça pour dire que je n'aimais pas les rôles que maman avait au théâtre parce qu'ils étaient trop loin d'elle.
Ce qui me fait drôle c'est quand, parfois je rencontre des adultes qui jouaient avec eux, je suis sûre qu'ils ne savent pas, qu'ils ne pensent pas que je me souvienne de ça. Ce sont des images
très précises mais détachées, sans logique que j'ai en tête. Je pense que je n'oublierais jamais. On dirait que ces souvenirs m'ont marqués plus que d'autres, qu'ils m'ont traumatisés peut être
même, dans le sens où ils ont sans doute dus jouer un rôle dans ma construction, quelles traces ont-ils laissés je ne sais pas, mais ils participent sans doute à faire ce que je suis
aujourd'hui.
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